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EAUX CALMES ET HAUTE MER

La synergie de la méditation et des psychédéliques

Traduit par Alice Krahenbuhl, édité par Camille Faivre

Cette publication est également disponible en : English English Deutsch Deutsch Italiano Italiano Svenska Svenska

Vanja Palmers

Zen Priest

Founder of the Felsentor Foundation, a place of Zen practice, but open to all paths and traditions.

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Edited by Henrik Jungaberle, Abigail Calder, Clara Schüler &  Jared Parmer

 

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Disclaimer : la traduction de cet article a été rédigée et révisée par des bénévoles. Les contributeurs ne représentent pas la MIND Foundation. Si vous trouvez des erreurs ou des incohérences, ou si quelque chose dans la traduction ne semble pas clair, veuillez nous en informer – nous vous remercions pour toute amélioration. Si vous souhaitez aider avec vos compétences linguistiques, vous pouvez également utiliser le lien et rejoindre les traducteurs du blog!

J’aborde cet essai en tant qu’enseignant bouddhiste occidental ayant soutenu la recherche psychédélique en Suisse. Je ne suis pas un professionnel de la recherche scientifique sur les psychédéliques, mais j’ai fait au cours de ma vie des recherches sur les psychédéliques de façon enrichissantes. Je ne citerai ici qu’un seul article scientifique – une étude avec des méditants à long terme et de la psilocybine qui a eu lieu à Felsentor, un centre de méditation en Suisse1. En résumé, tous les participants ont convenu que ces deux approches (la méditation et les psychédéliques), ne sont pas en concurrence. L’une ne peut remplacer l’autre, mais elles peuvent tout à fait agir en symbiose.

D’après Patanjali, l’auteur légendaire des Yoga Sutras, la méditation et les psychédéliques sont des technologies de conscience, des portes vers les états sacrés et merveilleux appelés siddhis. Son chapitre sur la liberté commence par les lister. Tout d’abord vient l’inné/celui qui survient de manière spontanée (janma), suivi par les plantes médicinales (osadhi), les austérités (tapahs), la répétition de syllabes (mantras) et, à la fin de la liste, la méditation (samadhi).

Une façon de considérer la relation entre méditation et psychédéliques est de s’intéresser aux racines étymologiques des deux mots. « Méditation » vient du latin « meditari », qui vient lui-même de l’indo-germanique « med », ayant quelque chose à voir avec « mesurer, marcher, délimiter ». On pourrait la définir comme le fait d’explorer, de marcher vers, de mesurer, de délimiter notre conscience.  « Psychédélique » vient des mots grec « psyche » et « delos », le premier signifiant « respiration, siège de la conscience », et le second « clair, visible ». Les psychédéliques peuvent nous aider à désencombrer notre esprit et rendre visible la nature de la conscience. Donc d’un point de vue étymologique, à travers des lignées très différentes, la méditation et les psychédéliques tendent vers la même direction : explorer notre être intérieur. La relation linguistique entre ces deux mots reflète l’expérience de beaucoup de personnes qui les voient comme différents moyens d’enquêter sur des sujets très similaires : la conscience, nous-mêmes, le sens de l’existence, l’ultime.

DES ROUTES DIFFÉRENTES MAIS UNE MÊME DESTINATION ?

Ces différents chemins d’accès pourraient ne pas être si hétérogènes qu’ils ne le paraissent à première vue. Plusieurs études scientifiques ont montré que des états de conscience océaniques et sans frontières, qui sont associés au sentiment de connexion profonde aux autres et à la nature, peuvent être atteints grâce à l’ingestion de substances psychédéliques et aussi grâce à certaines pratiques non-pharmaceutiques tels que la privation sensorielle, la danse prolongée (comme pratiquée par les Soufis), les battements de tambour (comme pratiqués par certains indiens d’Amérique du Nord) ou la méditation (comme le Zazen).

Un détail mineur que je trouve particulièrement intéressant dans ce contexte est le fait que la forte fièvre (dont Ignace de Loyola, François d’Assise, Hildegarde de Bingen ainsi que de nombreux autres saints chrétiens ont souffert au moment de leur éveil spirituel) semble produire des changements mesurables et observables dans le cerveau, comparables aux changements produits par la prise de psilocybine et d’autres psychédéliques.

LA CO-ÉMERGENCE INTERDÉPENDANTE DES PRATIQUES SPIRITUELLES ET PSYCHÉDÉLIQUES EN OCCIDENT

Un autre point de vue regarde leur récente co-apparition dépendante (Pratītyasamutpāda) à notre époque actuelle. Il est bien documenté que si la méditation (ainsi que le yoga et d’autres pratiques et concepts spirituels) sont devenus rapidement populaires en occident, c’est parce que les expériences psychédéliques leur ont, en amont, préparé le terrain. C’était principalement nous, les hippies, qui sommes allés en Inde, entre autres, pour découvrir et recueillir toutes ces idées et pratiques exotiques et quelque peu intrigantes. Nous étions alors conduits par une curiosité juvénile et un besoin existentiel de comprendre ces expériences bouleversantes vécues sous l’influence de substances puissantes et mystérieuses (les psychédéliques). Certains d’entre nous y sommes restés quelques années, mais finalement, nous avons ramené chez nous des compétences récemment acquises, des méthodes et intuitions ainsi que des professeurs (principalement asiatiques) rencontrés en chemin. Certains ont gardé l’intention de départ d’altérer leur conscience, mais il est probable que la majeure partie d’entre nous ait arrêté de prendre des psychédéliques, au moins pour un temps, parfois (comme dans mon cas) pour des décennies. De nos jours, un bon nombre semble y être retourné, exprimant un intérêt nouveau pour cette approche.

LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE SUR LA SYNERGIE DE LA MÉDITATION ET DES PSYCHÉDÉLIQUES

Cet intérêt renouvelé a aussi déclenché diverses études scientifiques. En 2015, avec Franz Vollenweider et son équipe de l’Université de Zürich, nous avons conduit une retraite à Felsentor, un centre de méditation situé dans les hauteurs alentours du lac de Lucerne.1 Le 4ème jour d’un Zen Sesshin (une retraite de méditation silencieuse intensive) plus ou moins traditionnel, 40 participants ont reçu soit une dose relativement élevée (0,315 mg/kg) de psilocybine soit un placebo. Les participants avaient tous une grande expérience de la méditation (d’au moins 5 ans) et aucune expérience (ou très peu) avec les psychédéliques. Lors de la retraite, ils devaient répondre à des questionnaires (qui paraissaient être sans fin) et se soumettre à de nombreux examens physiques ; juste avant et après l’événement, ils ont passé une IRM à la clinique psychiatrique universitaire de Zürich pour mesurer leur activité cérébrale.

Nous avons été en mesure de montrer qu’après cinq jours de méditation, la concentration des méditants, leur compassion, leur engagement social et leur bien-être général, étaient significativement améliorés par rapport aux valeurs de référence du début de l’expérience – la méditation fonctionne ! Pour les participants n’ayant pas reçu de placebo, mais la dose de psilocybine active, toutes ces caractéristiques positives étaient d’autant plus présentes, et ce même 3 et 6 mois après l’expérience. Tous les participants ont eu un retour positif, sans aucune exception (ce qui est scientifiquement presque un peu embarrassant). Les expériences et les remarques en retour couvraient un spectre large et différencié allant de « intéressant mais rien de fondamentalement nouveau » à « cette expérience était plus efficace que de nombreuses années de méditation assise ». Tous dans le groupe se sont accordés sur le fait que la méditation et les psychédéliques ne se font pas concurrence. L’une ne peut remplacer l’autre, mais elles peuvent tout à fait agir en symbiose. Beaucoup des méditants de long terme ont trouvé que l’expérience psychédélique avait rafraîchi, encouragé et confirmé leur pratique journalière. Une femme avait commencé à coudre une O’Kesa (robe bouddhiste) dix ans auparavant et ne l’avait jamais terminée. Elle reprit son œuvre et la compléta avec plaisir.

Et cela a également fonctionné dans l’autre sens : par leur longue pratique assise à observer leur esprit agité et créatif, les participants étaient de toute évidence mieux préparés à naviguer entre les changements de perceptions parfois intenses et potentiellement effrayants du voyage psychédélique. Dans une étude révolutionnaire de Roland Griffiths et son équipe de l’Université de Johns Hopkins (expériences mystiques dose-dépendantes), les deux tiers des participants qui ont reçu une haute dose de psilocybine ont eu de profondes expériences mystiques, et environ un tiers a rapporté des passages de confusion intense et/ou de peur (aucun d’entre eux n’était vraiment sévère ou durable). En comparaison, dans l’étude menée à Felsentor, nous avons constaté un pourcentage encore plus élevé d’ouverture océanique et d’expériences mystiques – et pratiquement aucun effet indésirable.

ÉTAT D’ESPRIT ET CONTEXTE

Ces différences peuvent être retracées et nous amènent aux trois joyaux du voyage psychédélique : SEC, Substance (ou Sacrement), État et Contexte. Le Sacrement était le même dans les deux études, mais l’État (d’esprit) d’un méditant de longue durée est différent de celui d’une personne n’ayant pas d’expérience de méditation et le Contexte était différent aussi : une expérience solo versus une expérience de groupe, le contexte d’une chambre d’hôpital (décorée pour le confort) versus le contexte d’un monastère isolé dans des montagnes.

Le contexte d’un monastère n’évoque peut-être pas, à première vue, les psychédéliques. Cependant, il est de l’avis de beaucoup d’auteurs que les grandes religions actuelles tirent leurs origines de pratiques et de conceptions du monde chamanique… qui, elles-mêmes, viennent probablement d’utilisation de substances variées. Les Sacrements (un moyen d’arriver au sacré) sous la forme de drogues sont clairement la racine de notre culture Indo-Européenne : dans le Rigveda, le plus ancien des quatre Vedas, un entheogen appelé Soma est mentionné 126 fois ; il était bu pour contacter les dieux. De même, à Athènes, pendant des siècles – peut-être des millénaires – le mystère des pièces d’Éleusis se terminait et culminait avec l’ingestion de Kykeon, qui est probablement une autre potion psychédélique. Les Romains nouvellement christianisés ont arrêté cette tradition païenne et détruit le temple physique au 4ème siècle. La composition exacte de ces boissons est sujet à controverse et également de recherche dernièrement (par exemple, Mike Crowley : The Secret Drugs of Buddhism ; Brian Murarescu : The Immortality Key).

Et il semblerait que nos ancêtres ne soient pas les seuls à consommer des substances psychoactives. D’autres – probablement la majorité, sinon tous – habitants de la Terre, hôtes biologiques de la conscience, l’ont fait et continuent à le faire. L’ethnobotaniste Giorgio Samorini décrit dans son livre « Animals and Psychedelics » une douzaine d’espèces qui s’amusent à altérer leur conscience en ingérant, selon l’espèce, différentes plantes ou champignons. Cette tendance basique à repousser les frontières de la perception n’est apparemment pas limitée à l’être humain, ni même à nous autres mammifères. Lorsqu’un jour j’ai séché de l’amanita muscaria, amanite tue-mouches (aussi connue en anglais sous le nom de « toadstool », tabouret de crapaud et en allemand « Fliegenpilz », champignon à mouches), j’ai remarqué la présence de nombreuses mouches mortes entre chaque tranche coupée. Elles semblaient bien mortes mais, parce que je me rappelais que leur espèce faisait partie de celles décrites dans le livre de Samorini, j’en ai gardé trois pour les observer. Et voilà qu’après quelques heures, deux d’entre elles ont recommencé à bouger. D’abord leurs pattes, restant sur le dos, puis se sont remises sur leurs pieds et se sont envolées après s’être secouées et avoir un peu vagabondé. Je ne sais pas si la troisième a fait une overdose ou si j’ai simplement arrêté de la surveiller trop tôt (après environ 15h). J’ai trouvé plus tard une étude dans laquelle une mouche s’était remise d’un état proche du coma après 40h d’inconscience.

LE FUTUR : PRATIQUES COMBINÉES, EXPÉRIENCES ET DÉVELOPPEMENT INDIVIDUEL ET SOCIÉTAL

Pour conclure ce petit essai, une question est comment la méditation et les psychédéliques peuvent être en pratique combinés, entrelacés. Il semble que ceux qui étudient la méditation sérieusement (et, espérons-le, avec légèreté et joie) peuvent tirer des pistes et des leçons utiles d’un voyage, même unique ou occasionnel, dans le monde des psychédéliques. Il semble aussi que l’expérience de la méditation puisse être un atout pour la navigation en haute mer que peut parfois être une telle aventure. Ces expériences profondes et souvent bouleversantes sont-elles finalement utiles ou nuisibles ? Un instant après son grand éveil, un maître Zen s’est exclamé « … ma vie est totalement brisée et ruinée… ». Alors que nous nous approchons de la force de vie elle-même – pas seulement de nos idées à son sujet – nos catégories et points de vue sont mis en perspective et leur nature relative devient évidente. C’est à partir de cette perspective que nous devons juger de la valeur de toute expérience.

Je me sens encouragé par la multitude d’expériences audacieuses et innovantes qui prennent place dans ces domaines partout dans le monde et par le changement de couverture médiatique et de perception du grand public – qui mènera le temps venu, espérons-le, à un changement de statut légal de ces puissantes molécules. Si utilisées avec respect et sagesse, elles ont le potentiel de nous guider, nous aider et nous soigner, nous rendant vivement conscient de la beauté et du mystère en toutes choses – ainsi que du piège suicidaire dans lequel nous nous trouvons actuellement, nous les humains, individuellement et en tant que culture et société globale.

Que tous les êtres soient heureux et libérés de la souffrance.

Notre travail chez MIND repose sur les dons de personnes comme vous.

Si vous partagez notre vision et souhaitez soutenir la recherche et l’éducation sur les psychédéliques, nous vous serons reconnaissants peu importe le montant que vous pourrez donner.

Références
  1. Smigielski, L. et al. Characterization and prediction of acute and sustained response to psychedelic psilocybin in a mindfulness group retreat. Scientific Reports 9, 14914 (2019).